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18 mars 2010 4 18 /03 /mars /2010 13:04

Chaque jour, au matin, rituel apaisé,   

Le cul sur son tracteur l’homme, le front creusé,

Par le souffle fougueux descendu des montagnes,

Contemple en rangs serrés dévalant les campagnes

Les cohortes de ceps qui comme des guerriers

Brandissent leurs sarments sans être roturiers.

Puis grisant ses poumons des parfums que la terre

Ressuscite à foison, fier de son ministère,

Lui, le viticulteur, intègre et vertueux,

Fidèle à son pays, homme respectueux,

Honore les valeurs reçues en héritage,

Professées par son père aux prémices de l’âge.

Lorsqu’il ferme les yeux, la voix rauque revient

Lui conter ce crédo, que personne ni rien,

Ne pouvait entacher, même aux temps difficiles,

L’amour de la nature et des travaux utiles…  

Il arrive parfois qu’il se dise à quoi bon,

Ainsi continuer mais l’instant vagabond

Passe à pas empressés quand il pense au vieil homme

Qui, du matin au soir, à toujours œuvré comme,

Les générations précédentes l’on fait

Avant lui célébrant l’ineffable bienfait  

Que la vigne, substance essentielle de vie,

Retransmet chaque jour à celui dont l’envie

Prodigue au sentiment d’appartenance, un corps

Qui s’enracine au cœur des choses. Dés lors,

Le cul sur son tracteur l’homme, dans sa poitrine,

Sent palpiter le sang du terroir d’origine,

L’âme et l’esprit profond de son berceau natal

Dont il est à la fois le maître et le vassal…

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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 19:25

Lorsque le soleil trône au faite de sa gloire,

Qu’il tient sous son emprise et la terre et le ciel,

Quand tous ses ennemis vers son cercle vermeil

S’inclinent à genoux confessant sa victoire    

 

Magnanime vainqueur, Dieu des métamorphoses

Embrasant de ses dards la verte floraison,

Pour que vienne la fête en sa belle saison,

Il enlumine d’or l’apparence des choses…

 

Comblé par les bienfaits du seigneur au pinacle,

La grappe sur la treille avec lenteur murit,

Maints reflets chatoyants nimbent la chair du fruit

Et annoncent en chœur l’essence du miracle…

 

Ce qui n’est qu’embryon, gorgé d’eau souterraine,

Caressé par la flamme, abreuvé de chaleur,

Trouve corps et pigments sans effort ni douleur

Sous les doigts ondoyants de la main souveraine…

 

C’est l’heure où le raisin, comblé par la nature,

Se nimbe des couleurs de la maturité.

Fermentant en son sein l’alcool en vérité ;

Sa transformation parachève l’augure…

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20 février 2010 6 20 /02 /février /2010 13:41

Voici venu l’instant annoncé par l’oracle

Où le maître Bacchus accomplit le miracle,

De la terre et du ciel recevant les faveurs

Ce qui n’était que fruits verdâtres aux saveurs

Aigrelettes soudain sous le dard de la flamme

Céleste trouve corps et plus encore une âme…

 

Ce qui n’était que grains va-nu pieds, miséreux,

Se nimbe de reflets chamarrés, bienheureux,

Objet, choisi, béni de la métamorphose,

La pulpe du raisin sous l’effet de la chose

S’embaume de parfums, d’épices, de tanins

Dont les bouquets fleuris, au goût, sont des festins…

 

Sublime enfantement se poursuit l’aventure,

L’humble mais merveilleux travail de la nature,

Eclot l’heure magique où l’eau, prélude au vin,

Se transforme en alcool sous les doigts du divin…

 

Puisque le Dieu Soleil nous offre l’opulence,

Octroyons –nous le droit d’en priser l’excellence,

A la fontaine amis, c’est la bonne saison,

Allons boire et danser, fêtons la véraison !...

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18 février 2010 4 18 /02 /février /2010 14:03

D’un modeste cruchon déposé sur la table,

L’homme au front soucieux se montre plus affable,

Vive une flammèche éveille son regard

Et chasse de son cœur le sentiment hagard

 

Lorsqu’est servi le fruit de la fleur en garrigue

S’exhalent les bouquets dont la treille s’irrigue,

Sur l’instant balayés d’un geste de la main

Les tracas quotidiens sont remis à demain…

 

Puis quand coule le vin léger comme une bulle,

Qu’il soit prince ou manant soudain l’être affabule,

S’entrouvre le cocon d’un monde préservé

Et le temps se suspend à cet objet rêvé…  

 

Les sens émoustillés par l’arôme de figue

Que portent les tanins s’estompe la fatigue,

Funambule l’esprit se grise en aparté

Et fille de l’ivresse arrive la gaité…

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21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 01:59

Sortilège des sens, arc-en-ciel des saveurs,

De l’amer au sucré, la goûteuse palette

Dont les tanins mêlés nacrent la violette

Robe de sang, de pourpre et d’ocre avec ferveurs.

 

 Etincelles de joie, annonce du plaisir,

Fruit gorgé de soleil, liquide enluminure, 

Beauté, senteurs, lumière, intime éclaboussure

D’allégresse et d’amour Immanente au désir.

 

Symphonique prélude au partage du sang,

Quand le cristal rougeoie et s’irise de flammes,

Lorsque la découverte ensorcelle les âmes,

Et que vient le moment où l’œil brille impuissant

 

Sous les feux du nectar, sémillante la main 

Vers le verre se tend déjà muse l’ivresse

Et quand le goût délivre au palais sa caresse

L’homme devient poète et célèbre l’humain.

 

Mâchouillé, mis en bouche, amplement dégusté,

      Si je devais d’un mot baptiser l’ineffable,

 Le bien-être octroyé par le vin mis à table,

Sans hésitation je dirai volupté...

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22 octobre 2009 4 22 /10 /octobre /2009 11:11

Le temps était au sang, d’une sombre couleur,

Ce soir venait l’huissier présage du malheur,

Ne croyez surtout pas que je vais à la fête,

Chaque jour je m’échine et pourtant je m’endette…

 

Dès que l’aube paraît au bas de l’escalier

Survivre est un combat, un souci journalier,

Mon dos à beau craqué sur le pied d’une vigne

Je n’ai pas récolté le droit de vivre digne…

 

Je ne sais plus que faire, en vain j’ai tant lutté,

Besogné sans repos dans la difficulté,

Tant de privations, d’inféconds sacrifices

Dont jamais je n’ai vu les maigres bénéfices

 

Alors le fossoyeur aujourd’hui peut venir

Je n’ai plus rien à perdre et si peu d’avenir,

Qu’il vienne contempler mes mortes espérances

Et consommer le fruit de mes vieilles souffrances,

 

Usé par le labeur, je suis l’homme vaincu

Qui marche tête basse et bientôt sera nu,

La terre est mon travail, puisqu’elle n’est plus que cendre,

Vendue au plus offrant demain j’irai me pendre…  

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14 juillet 2009 2 14 /07 /juillet /2009 22:14

Ils sont venus me dire à moi, viticulteur,

Certes ton vin est bon mais pas assez rentable

Arrache donc ta vigne et range ton tracteur,

Le métier a changé, l’époque est détestable…

                                                                             

Nul besoin de chercher l’originalité,

L’alliage parfait de différents cépages,

De donner au vignoble une identité,

De la loi du marché, vous êtes les otages…

Le négoce cupide a pour toi décidé,

Produire à moindre coût un produit ordinaire,

Correspondant au goût de la majorité,

Un vin passe-partout, breuvage planétaire

Sans signe distinctif convenant au chinois,

Enorme potentiel, selon les prospectives

En pleine expansion, rien que les pékinois

Rapporteraient beaucoup de façons lucratives…

Le façonnage est rien, le marketing fait tout,

Une saveur boisée à peine gustatives

Qui n’interpelle pas le palais mais surtout

Un budget publicitaire et des marques réactives  

Comme coca-cola, vous n’avez d’autres choix !

Un instant, j’ai cherché des yeux ma carabine

Et puis, le choc passé, j’ai retrouvé ma voix :

 « Préférez-vous un verre ou de la chevrotine ? »    

 

Ils sont venus me dire à moi, viticulteur,

Certes ton vin est bon mais pas assez rentable

Arrache donc ta vigne et range ton tracteur,

Le métier a changé, l’époque est détestable…

 

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14 juillet 2009 2 14 /07 /juillet /2009 22:10

Chante cigale, chante à l’automne le vin,

Grisé, chante à nouveau la figue et le raisin,

Danse cigale, danse éprouve de l’ivresse

La trouble volupté, de l’oubli la caresse…

 

A l’hiver fait ton nid de laine et de chaleurs,

Dors cigale, du rêve avive les couleurs,

De refrains inédits, ton âme pour grimoire,

En secret, d’un murmure, embellit ta mémoire…

 

Ressuscite au printemps, l’amour est dans les prés,

Egayés par la brise aguichant les cyprès,

Entends-tu les grillons babiller leurs aubades ?

Regarde les frémir tandis que tu gambades…

 

De rubis, la groseille embaume l’épineux,

Aux solstices d’été le jour est lumineux,

Faussement ingénue empourpre ton visage,

Sous les yeux du soleil entrouvre ton corsage…

 

Chante cigale, chante abroge mon ennui,

Fait palpiter mon cœur jusqu’au bout de la nuit,

Danse, cigale danse, enjôleuse voltige !

D’une étoile, offre-moi le musicien vertige…

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26 juin 2009 5 26 /06 /juin /2009 01:49

L’admirable du vin, plus que tout autre chose,

N’est pas la saveur mise en bouche, le goût mais

Réside dans l’idée abstraite que s’en fait

Chaque amateur avant même l’apothéose

D’en sentir le bouquet, la chair, l’arôme intime…

Symbolique, le beau subsiste là, sans nom,

Indicible souhait, dans l’image en amont

Du plaisir attendu que la pensée estime…

Il est le souvenir d’une empreinte liquide,

Ambulatoire trace écrite dans le sang

Qui soumet tous les sens au désir sous-jacent

Que l’esprit ressuscite intensément avide

D’en sentir de nouveau l’intemporel vestige.

Il est la foi liée à la conception

De ce mystère dont l’imagination

Colonise et nourrit l’étourdissant vertige

Que l’enfantement change en humaine aventure,

Protocole immanent non transcrit contenu

Dans l’x aléatoire à la fois inconnu

Et facteur essentiel inscrit dans la nature.   

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26 juin 2009 5 26 /06 /juin /2009 01:46

Engoncé dans sa veste, abruti de fatigue,

Résultat quotidien d’un labour épuisant,

Trop fourbu pour rêver, d’un pas lourd et pesant,

Il marche tête basse à travers la garrigue.  

Trébuchant maladroit sur des mottes de terre,

Il ne sent plus ses pieds que le gel engourdis

Et ronchonne un blasphème inaudible tandis

Que craque son genou gauche au froid réfractaire.

Il ressent dans son corps les blessures de l’âge,

Comme, sans autre choix, se soumet le bétail,

L’usure d’une vie enchaînée au travail

De la treille, amoureux du plus petit cépage.

Mais plus que le labeur, du climat la rudesse,

Les morsures du Cers, l’âpreté du sentier,

La sueur et l’effort, les soucis du métier,

C’est le siècle actuel qui nourrit sa détresse.

Lui, qui depuis toujours soigne et nourrit sa vigne,

 Qui face au vent contraire, envers et contre tout,

Pour un gain de misère, endetté jusqu’au cou,

Lui qui, vigneron, fier a toujours vécu digne

Au monde et ses valeurs n’a plus d’appartenance.

Sans ménager sa peine, il a beau s’échiner,

D’une saison à l’autre, élever, façonner

Dans ses foudres le vin avec persévérance,

Il se sait condamner par l’humeur versatile

   D’une époque soumise à la loi du marché

Alors, las de lutter, découragé, touché

Dans ses tripes, vaincu par l’hydre mercantile,  

Il avance à pas lent replié sur lui-même

Et cherche dans son cœur une raison d’espérer,

Juste un coin de ciel bleu, la force d’augurer

Sans pleurer, l’avenir de la terre qu’il aime…

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