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15 septembre 2012 6 15 /09 /septembre /2012 02:51

L’automne pose un drap mouillé sur le visage

Des choses et mon cœur observe, chagriné,

La rouille corroder les yeux du paysage,

Sentiment de vieillir solitaire, abandonné

Comme un chien boiteux, sur le bord d’une route.

Des rafales de vent secouent la frondaison,

Arrive la saison que mon âme redoute,

La vieillesse se couche au pied de ma maison.

Je ressemble à cet arbre au vieux tronc plein d’arthrose

Qui lève vers l’éther de douloureux moignons

Qui ne font que griffer le ciel bas et morose ;

Du pain blanc de jadis je mange les guignons

Moisis. Au beffroi sonne une cloche lugubre,

La fraîcheur et l’humide, en torchons de brouillard,

Enclosent les jardins. Une odeur insalubre

De champignons chancis escorte un corbillard

Qui, grimaçant, avance, à pas lents, dans la brume…

Dans l’opacité grise, un spectre suspendu

Rêve à cet escalier qui conduit à la lune,

Sous un arbre noueux se balance un pendu,

Les voix de l’au-delà psalmodient la prière

Des défunts, des corbeaux lui lacèrent le cœur

Et lui percent les yeux capturant la lumière,

Sur un trône, une femme au sourire moqueur

Le regarde gémir et partir en poussière…

Les hommes peuvent bien s’inventer un destin,

Qu’ils soient grands ou petits, tous vont au cimetière :

Sans même le savoir, je suis mort au matin…

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15 septembre 2012 6 15 /09 /septembre /2012 02:48

Lorsque la solitude allonge ses vertèbres,

Qu’elle vous crucifie à grands coups de marteau

Et dans le cœur vous plante, aiguisé, son couteau,

Des fantômes, la nuit, empèsent les ténèbres…

Quand son étau vous tient sur son lit de misères,

Qu’il vous concasse l’âme à la faire gémir

Jusqu’au point de rupture, elle vous donne à vomir,

Tourmenté, gangréné par de mauvais ulcères…

Lorsqu’elle vous emprisonne au tréfonds d’une impasse

Qui sur vous se referme inexorablement,

Tel un vieux chien fidèle atteint d’épuisement,

Sans ligne d’horizon la volonté s’efface…

Quand vous restez proscrit devant les portes closes,

Que l’esprit tourne en rond sans pouvoir se poser,

Qu’aucun souffle de vent ne vient vous apaiser,

La vie est insipide et pleine de nécroses…

Quand le silence tombe aussi lourd qu’une enclume,

Quand l’esprit déraisonne et se met à parler

Aux ombres sur les murs au point de les frôler

Du regard, un bruit de pas bruisse à titre posthume…   

Lorsque l’espoir se pend à des vapeurs d’absinthe,

Qu’il cherche dans son verre une main à serrer,

Le spectre d’un sourire afin de vous leurrer,

Vous parcourez sans fin le même labyrinthe…

Quand sur la table reste, ébréchée, une assiette

Sans hôte ni convive, un grand voile d’ennui

Vous ôte toute envie et l’appétit vous fuit,

Comme un guignon rassis l’existence s’émiette…  

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5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 02:58

Sur la table, un mouchoir de dentelles plissées,

Un anneau chamarré que le temps a terni,

Un livret de famille à demi racorni,

Et des mots éthérés sur des pages froissées…

 

Des tas de petits riens, sur des coins d’étagères,

Sommeillent pêle-mêle, une lampe en laiton,

   Des lettres, des photos rangées dans un carton,

Des choses d’autrefois devenues étrangères…

 

Au dessus du grand lit dans la chambre à l’étage,

Je décroche du mur au papier peint usé,

Un cadre délabré, fendu, verre brisé,

Où posent naïvement deux ombres d’un autre âge…

 

Dans un vase se fane une gerbe de roses,

Posés, de-ci-delà restent quelques habits,

Sans vouloir faire offense à ce qui fut jadis ;

À quoi bon ressasser des sentiments moroses !…

 

J’ai rangé le passé tout au fond d’une armoire

Dont je ne faisais rien, qui dormait au grenier,

Je l’ai fermée à clef puis comme un vieux panier

Percé, furtivement, j’ai perdu la mémoire…

 

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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 11:33

Vestiges du passé, de vieux guignons rassis

Aussi durs que du bois moisissent sur la table,

Je me voudrais debout mais je suis l’homme assis

Qui regarde l’orage et l’horizon instable…

 

Une odeur de chancis serpente sous mon toit,

Des hordes de cafards grignotent ma mémoire,

Je n’ai plus de courage et j’ai perdu la foi 

Et chacun d’eux emporte un peu de mon histoire…

 

Comme un vieux chien galeux, demain je serai nu,

Dépenaillé, le cœur rongé jusqu’à la corde,

Dans le miroir brisé s’épanche un inconnu…

Mon souffle est bien trop court pour la miséricorde… 

 

Un sentiment d’exil m’entrave à ses filets,

Une main a cloué sur ma porte une chouette,

Des rafales de vent font grincer les volets

Pourquoi ma bouche est sèche et ma langue muette ?...

 

À quoi bon pleurnicher, se plaindre de son sort,

Quand au bout du chemin paraîtra la caissière,

Je règlerai le dû réclamé par la mort,

Il restera si peu, je ne suis que poussière !...

 

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24 mars 2012 6 24 /03 /mars /2012 23:42

D’elles, je suis la cible et l’être mal-nommé,

Celui que l’on détruit sans gant ni réticence,

À tous propos jugé, d’avance condamné,

Je suis leur raison d’être et puis leur providence…

Matoises, je les vois de vipérine humeur,

De la bouche à l’oreille, en toutes circonstances,

À mi-voix distiller l’offense et la rumeur…

Sous leurs airs bienveillants, pleines de médisances,

La langue bien pendue, excellentes dans l’art

D’essaimer les ragots, de porter préjudice,

D’un rien ou d’un ouï-dire, entendu par hasard,

Elles jasent en chœur avec joie et malice…  

D’un sourire affecté, l’une, sous le manteau,

Mâchouille son venin. Belle dame sournoise,

Une autre, sur mon dos, aiguise son couteau

Et se pend à mon cou sitôt que je la croise…

De cancans en potins, malgré moi l’invité,

Souvent privilégier, du grand bal des commères,

L’âme déchiquetée et le cœur hébété,

Mille fois je suis mort mordu par des vipères…

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24 mars 2012 6 24 /03 /mars /2012 01:59

Le silence a posé ses valises pesantes

Sur les quais de la vie. Il a beau chuchoter

Ses rêves, ses espoirs, des pensées languissantes,

Pas un cœur ne l’entend doucement sangloter ;

Autour de lui la foule, indifférente, passe…

Il agite, pourtant, de multiples mouchoirs

Et lance des appels mais sa voix est trop basse,

Tous ses cris sur les murs s’estampent en pochoirs

Que personne ne voit. Impalpable présence

Alors il tourne en rond gémissant des désirs

Et des brides de mots de bien peu d’existence

Qui rodent dans le temps comme autant de soupirs

Dont la plainte s’essouffle au large des rivages

Qu’elle ne peut atteindre. Ascète infortuné

Ne pouvant délivrer des avis de passages,

Il dérive sans corps. Spectre désincarné,

Nulle oreille ne vient lui donner consistance

Alors sur les chemins, il sème des copeaux,

Des tessons d’espérance et des brins de conscience,  

Que des hommes pressés réduisent en morceaux…

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12 mars 2012 1 12 /03 /mars /2012 00:24

La vision m’emporte en des lieux d’anathème, 

Des femmes, des enfants gisent sous le béton

Et des hommes vaincus par le feu du canon,

Têtes basses, brisés, marchent vers la géhenne…

J’ai beau chercher le mot qui rassure et apaise,

La page reste blanche et mon cœur impuissant,

Ma plume a la couleur des larmes et du sang,

De ces corps, sans linceul, allongés dans la glaise…

Je contemple la mort et mon encre se fige,

Les chants du désespoir ne portent pas de nom,  

Ne pouvant implorer les dieux ou le pardon,

Je demeure sans voix, la sentence m’afflige…

Quand le monde bascule infesté par la rage

Quand la misère frappe aux portes des maisons,

Et quand l’homme bâtit pour son frère des prisons ;

Mon silence est un cri de tristesse et d’orage…

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4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 23:51

Tout au fond d’un couloir, en d’étranges maisons,

Il est des escaliers, qui,  comme des impasses,

Ne débouchent sur rien d’autres que des prisons ;

Là restent à jamais closes des portes lasses…

 

L’oreille à leurs battants, le cœur désemparé,

Dans la pâle clarté des jours et des nuits sombres

Où bruissent les secrets, j’écoute soupirer,

À mi-voix sangloter, le chuintement des ombres…

 

Au bord d’une étagère, un vieux livre écorné,

Une main en caresse, une à une les pages,

Ainsi passe le temps, le temps désincarné

Dont seule la mémoire esquisse les visages…

 

Accrochés sur les murs, la pierre ou le torchis,

Souvenirs délavés, des images troublantes,  

Des cadres, des photos, des spectres défraîchis

Frissonnent, tremblants, dans la lueur des lampes…

 

Chevrotantes, des voix, d’un murmure parfois,

Comme des disques rayés, ressassent, monotones, 

Le lancinant refrain d’une chanson d’autrefois

Que reprennent en chœur d’antiques gramophones…

 

Sur de profonds sofas aux velours safranés,

Sirotant du thé froid aux arômes fadasses

Et brûlant de l’encens, des parfums surannés,

Des êtres égarés survivent têtes basses…

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15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 01:27

 Cinquante ans sont passés, j’en maudis ma mémoire.

Sans fin j’ai ressassé cette terrible histoire,

Je m’en souviens toujours, c’était un traquenard

Dont je conserve intact l’horrible cauchemar.

C’était une nuit d’été, nous étions en famille,

Rieuse, je n’étais qu’une petite fille…

Tandis que je dormais brusquement j’ai senti

Un homme se glisser, près de moi, dans mon lit.

Je n’avais que huit ans, je ne savais que faire,

J’ai reconnu sa voix, il m’a dit de me taire.

Je ne comprenais pas ce qu’il faisait ici,

Quand il m’a caressé, sous le choc, j’ai frémi.

Je ne pouvais bouger car sa main sur ma bouche

M’empêchait de crier, me clouait sur la couche.

Il se frottait sur moi. Son souffle dans mon cou

M’inspirait, haletant, la peur et le dégoût.

Il salissait ma peau, j’étais la prisonnière

De ses gros doigts rugueux. De façon ordurière,   

Il profanait mon corps : c’était un animal !

Je désirais mourir tant il me faisait mal.

Il me volait l’enfance, il n’était plus mon oncle.

Empressé d’en finir, il m’écorcha d’un ongle,

Il m’écarta sous lui, tandis qu’il m’empalait,

Je l’implorais des yeux et lui : il me violait !…    

Lors que revient la nuit je pourchasse cette ombre

Qui m’entraîne toujours vers la chambre sombre

Où j’ai, jadis, connu la terreur et l’effroi

Et, trop jeune, perdu l’innocence et la foi….

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17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 11:56

 

Je connais des ailleurs où l’on parle à voix basse,

Où l’on rase les murs tandis qu’une ombre passe,

Là-bas, un geste, un mot peuvent être fatal,  

Là-bas, la terreur fuse en éclats de métal,

Seul résonne, sans fin, le langage des armes,

Les trottoirs sont tachés par le sang et les larmes…

Je parle de pays que nous ignorons tous

Où gouvernent des chiens plus cruels que des loups, 

Où la vie est pendue à l’humeur versatile

Des fusils. Là-bas, il faut être servile,

Soumis, courber l’échine et ne pas larmoyer

Sur son sort, sur les morts, ne pas se fourvoyer

Sur le sens de la vie et des choses sordides,

Là-bas, il faut survivre à des tyrans perfides,

Ramper comme des rats et prier à genoux ;

Là-bas, c’est à côté, si près, si loin de nous…

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