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9 août 2011 2 09 /08 /août /2011 23:14

 À l’écart des quidams vivant sur la grand place,

Dans une cave obscure, empli de va-nu-pieds,  

Juste un bar enfumé tout au fond d’une impasse

Où jamais le soleil ne vient mettre les pieds…

On appelle ce lieu le trou du cul du monde,

La plaie et le couteau s’y donnent rendez-vous,

Bien trop de pauvretés l’atmosphère est immonde,

    Le peuple des bourgeois y voit des loups-garous…

Ici, en vérité, seuls des pauvres diables,

Dans un verre crasseux, s’alcoolisent le soir,

Abandonnent reclus, pour deux sous misérables,

Leurs chagrins quotidiens sur un coin du comptoir…

Usés par le travail, cibles de la lésine,

Laissés sur le carreau sans un remerciement,

Certains sont au chômage après vingt ans d’usine

Et tentent de survivre à leur licenciement…

Dans l’insane clarté d’une ampoule blafarde

Qui pendouille au plafond, tord-boyau frelaté

Donne un semblant d’espoir à cette foule hagarde

Dont l’ombre, lentement, expire en aparté…

Il arrive parfois que l’un d’entre eux malade,

S’écroule sur le sol les nuits de mauvais vin,

Le lendemain il part, sans même une accolade, 

Dans la fosse commune en marge du destin…

À la fois gueuse et belle en ce bouge minable,

Comme femme infidèle aux multiples amants,

Misère est amarrée autours de chaque table

Et rêve malgré tout à des princes charmants...

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30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 00:46

 

1

 

Abandonnés de tous, le cœur ensanglanté,

Anonymes défunts à la maigre ossature,

Partout gisent des corps sans croix ni sépulture,

Dont seule la charogne aime la nudité…

 

Ni femmes, ni vieillards et encore moins d’hommes

Dans la force de l’âge et pas même d’enfants

N’ont trouvé de pitié dans les yeux triomphants

De ces bourreaux sans nom bâtisseurs de pogromes…

 

Et combien de martyrs en d’immondes fossés

Blanchissent de leurs os l’admirable nature,

De tyrans ont souillé la belle architecture

Ne laissant sur leurs pas que temples fracassés…

 

Nombreux des orphelins déambulent hagards,

A demi-moribonds subissent la famine

Et succombent soudain rongés par la vermine

Repliés sur le sol, méconnus des regards,

 

Squelettes rabougris comme de vieilles souches,

Dans la poussière sèche au hasard des chemins,

Ils agonisent seuls, misérables gamins,

Jusqu’à leur dernier souffle assaillis par les mouches…

 

Des cavités parfois, ressuscitent des ombres,

Contestant de la mort l’horrible et la stupeur

Et de leurs grands yeux noirs obscurcis par la peur,

Elles traquent la vie au milieu des décombres…

 

Par d’incultes césars, sans combattre vaincu,

Des causes du chagrin le prochain épisode,

Pauvres sont ceux prenant la route de l’exode,

Pour simplement survivre à l’horrible vécu…

 

Cohortes de damnés passant en file indienne,

Ils cherchent dans l’ailleurs un instant de répit,

Rien qu’une once de paix que le temps interdit,

Supportant de l’exil la douleur quotidienne…

 

Par la faim et la soif nullement épargnés,

N’éprouvant dans leurs cœurs nul espoir ni rancune,

D’une fausse lenteur, vers des camps d’infortune,

En d’arides déserts ils marchent résignés…

 

Harassés, lapidés par des revers extrêmes,

Ils trouvent dans la fuite un ultime levier,

Une miette de chance, un rameau d’olivier

Et puisent l’énergie au plus profond d’eux-mêmes…

 

Fantômes harassés se tenant par la main,

Il en est un qui tombe et puis un autre encore,

Leur nombre, lentement, pied à pied, s’édulcore…

Surmontant les périls d’un effort surhumain,

 

Ils sont là, par milliers, allongés sur les sables,

Recueillant du repos un trop maigre butin,

D’un lourd sommeil sans rêve, ils espèrent le matin ;

Hommes toujours vivants et pourtant périssables…

 

………

 

 

2

 

Victimes de la guerre ou de l’enfer sur terre,

Par l’humaine bêtise, immolés, suppliciés,

Sur l’autel du pouvoir, citoyens sacrifiés,

Violentés, frappés par l’hydre délétère,

 

Crèves la faim, migrants, réfugiés, vagabonds,

Fuyant la mort, la peur, l’ombre des cimetières,

 Pour les meilleurs raisons passeurs de frontières,

Pareils à des voleurs, à demi-moribonds,

 

Ils traversent le monde en quête d’un refuge

  Gardent l’espoir secret d’un possible oasis,

D’un pays de cocagne imaginés jadis,

Quand leurs pères déjà pleuraient face à l’immonde…

 

Certains ont tout donné pour ce rêve lointain,

D’autres moins fortunés sur des radeaux précaires

Ont bravé l’océan, ont connu maints calvaires

Et puis ont fait naufrage oubliés du destin…

 

Et lorsque l’un d’entre eux aborde l’autre rive,

Il devient l’étranger, celui qui sans papiers

Est désigné du doigt, qui face aux policiers,

Dans d’infâmes taudis se cache pour survivre…

 

…………

 

3

 

  Les poètes ont beau déclamer l’espérance

D’un jardin vertueux, croire en l’humanité,

Avec ardeur, exalter l’amour, l’égalité,

De leurs chants enfiévrés chanter la tolérance….

 

Depuis le premier jour, les temps n’ont pas changé,

La bête a fait son nid sous la belle parole,

Subsiste dans les cœurs rognés par la vérole

L’égoïste fléau ; la peur de l’étranger…

 

 Ô France, mon pays, terre des droits de l’homme,  

En violant l’esprit des textes fraternels,

Tu as souillé les mots inscrits sur tes autels,

Et corrompu, vendu ton idéal en somme…  

 

  Existe-il encore une terre d’accueil,

Quel que part dans le monde un lieu de référence

Où le migrant pourrait oublier sa souffrance,

Des hydres du passé faire et consommer le deuil…

 

Naguère prisonnier des chiens de la milice

Il a franchi les mers, gagné sa liberté,

Aujourd’hui clandestin, dans la précarité,

Il survit comme un rat traqué par la police…

 

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27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 05:13

  Vespéral le jour tombe et s’effrite en lambeaux

Aux portes de la nuit, voici l’heure où les choses

Et les êtres, abstraits, flottent sous des manteaux

De brumes, c’est l’instant clair des anamorphoses

Où spectrales soudain reviennent les langueurs

Nostalgiques, l’ennui des âmes disparues…

Comme des farfadets, des fantômes fugueurs

Entrouvrent leurs tombeaux et glissent dans les rues,

Le cœur en catharsis, prémices du chagrin,

Sous un voile mouillé le paysage pleure

Le soleil disparu tandis que le marin,

Sans avoir pris la mer regagne sa demeure…     

Dans la clarté mourante, entre deux lunaisons,

Une feuille s’envole, un bruit de pas résonne,

Propage son écho sur les murs des maisons

Sibyllin et lugubre, au clocher le glas sonne…

Le village est désert, tout semble suspendu

Aux murmures du temps, au bon vouloir des astres,

L’homme baisse la tête et le regard perdu

Sent venir la tristesse immanente aux désastres…

 

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26 mars 2011 6 26 /03 /mars /2011 01:10

Je suis l’homme qui boit pour oublier ses peurs,

Chaque jour c’est ainsi, je me mets lamentable,

La fête terminée, imprégné des vapeurs

Distillées par l’alcool quand sur un coin de table,

Une alcôve, un couloir ou bien un caniveau,

Je succombe ivre mort, nombreux me voient immonde,

Qu’importe si je ronfle avachi comme un veau

A demi moribond, Je n’entends plus le monde

Me désigner du doigt, glapir autour de moi…

Oubliant les clameurs hostiles de la ville,

Les soucis quotidiens, mes chagrins, mon émoi,

Inconscient, je dors et tout devient docile…

En vérité, j’avoue un peu de mon malheur,    

Dans un tonneau de vin, fidèle à l’habitude,

Animal éperdu, j’ai noyé ma douleur

D’être ce que je suis perclus de solitude !

Je consume la vie en un état second,

S’il en est parmi vous parfois que je désole

Essayer de comprendre, offrez-moi le pardon,

Que voulez-vous amis, l’ivresse me console !...

 

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19 mars 2011 6 19 /03 /mars /2011 02:53

L’horloge du salon égrène les secondes,

L’heure sonne le glas comme triste refrain,

Tout paraît se dissoudre ailleurs dans d’autres mondes,

Tic-tac, tic-tac, au loin s’arrête un dernier train…

 

Un bruissement de pas résonne dans ma tête,

Une femme me donne un obscur faire-part,

Brisé, le chef d’orchestre a posé sa baguette,

Anonyme, une voix annonce le départ….

 

Allongé sur ton lit, tu regardes le vide 

Et marmonne à voix basse une vieille chanson,

Dans tes yeux délavés plane une ombre livide,

Je ne sais pas quoi dire et j’en perds la raison…

 

Ephémères les mots appellent le silence

Et ta main se raidit sous mes doigts engourdis,

J’ai perdu ta chaleur, étrange somnolence,

Il me semble te voir sourire au paradis…

 

Déjà le jour s’achève, il est temps mon ami

De se dire au revoir, bouche et paupières closes.

Tu me donnes congé. L’âme et le cœur moroses,

Je referme la porte et te laisse endormi…

 

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16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 03:37

A l’écart de la foule et des clameurs hostiles

Juste un banc défraîchi comme oublié des gens

Vers lequel, trop souvent, se tournent versatiles

Des regards étrangers. Certains sont négligents,

Indifférents, lointains, bizarrement sans âme

D’autres, désobligeants, dès le premier coup d’œil,

Me jugent véhéments et d’un retour de flamme

M’agressent lâchement, me toisent plein d’orgueil

Et me refusent le droit d’exister dans leur monde…

Leur monde gangréné jusqu’à l’os, je m’en fous !

Ils peuvent le garder rien que pour eux l’immonde,

De les voir s’agiter, je me dis qu’ils sont fous.

Dans leur monde il n’y a pas d’amour, de justice,

C’est un égout puant où les rats font leurs nids,

On t’y ronge le cœur, le foie avec délice

Et ceux qui ne sont pas comme eux crèvent maudits,

Contre richesse et gloire, ils marchent sur leurs frères

Et se pavanent fiers affichant leur dédain

Pour tous ceux que la vie accable de misères

Et laisse dans le vide en marge du destin…

Passez votre chemin, je resterai docile,

Va-nu-pieds et sans nom, allongé sur le flanc,

Je n’ai rien demandé, qu’on me laisse tranquille ;

J’attends juste la mort avachi sur un banc…

 

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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 03:11

Quel que soit ton pays, la couleur de ta peau,

Ton ciel, ton continent, ta langue, ton drapeau,

Âme des favelas, enfant des bidonvilles, 

Sur un lit de gravas revêtu de guenilles,

L’on t’a donné la vie et désigné du doigt,

Tu seras condamné sans raison ni pourquoi.

L’on t’a donné la vie et volé l’espérance

Et puis l’on a gravé sur ton front la souffrance.

L’on t’a donné la vie en un cachot étroit,

Pitoyables sont les rois dont tu subis la loi !...

L’on t’a donné la vie et servi la famine,

Le pain noir des forçats rongé par la vermine,

L’on t’a donné la vie et pour seul horizon

Le terrible soleil qui crame la moisson,

L’on t’a donné la vie en un taudis immonde

Et puis laissé périr à la marge du monde…

 

Bien des gens sont passés près de toi sans te voir,

Ont détournés les yeux te laissant dans le noir,

Bien des gens sont passés témoins de ta détresse,

Complices sont partis sans un mot de tendresse,

Bien des gens sont passés contemplés ton malheur,

Visiter ta misère, observer ta douleur, 

Le temps d’une photo stupéfaits mais pas tristes,

Bien des gens sont passés simplement en touristes…

 

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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 00:50

Chacun des tes regards baigné d’indifférence

Est un sabre tranchant qui taraude mon cœur

Et me laisse orphelin moribond dans l’errance

C’est ainsi que veux-tu, je n’ai pas de rancœur.

Je reste simplement suspendu dans l'attente,

La tristesse et l’ennui complotent de concert,

Je ne sais plus quoi dire à ton ombre latente

La pendule lambine et le ciel est désert…

 

Vivre est une contrainte, une vieille habitude

Qui nourrit en son sein l’inaltérable espoir,

Ce bourreau, ce menteur prêchant l’incertitude

Pour mieux me dépouiller lorsque tombe le soir… 

Rien ne vient et tout passe imprécis et morose,

Pas un geste, un sourire, une once de chaleur,

Je demeure transi devant la porte close

Dont je cherche la clef comme un cambrioleur…

 

 Un volet claque au vent, l’eau coule sous les ponts,

Il fait froid, c’est l’hiver, un rire me désigne

Moqueur : « pleure et rejoint la file des vagabonds ;  

La fatigue te broie et la mort te fait signe. »

A quoi bon m’obstiner tout me dit c’est fini !

Un navire est à quai balloté par la houle,

Quand viendra la marée, homme seul et banni,  

Un jour je partirai, loin des bruits de la foule…

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13 janvier 2011 4 13 /01 /janvier /2011 01:12

Revêtu d’une antique armure bosselée,

Un casque sur la tête, une lame effilée

A la main, je parcours les plaines et les monts ;

Guerrier d’un autre temps je combats les démons

Depuis plus de mille-ans. Des compagnons fidèles

Me suivent sans broncher aux pieds des citadelles

J’en ai tant vu périr décimés par le fer

Que je ne sais combien n’iront pas en enfer ;

La victoire a le goût amer de la défaite,

De la mort, j’ai baisé la bouche contrefaite…

Tant de femmes, d’enfants et d’hommes innocents

Courbent l’échine face aux bourreaux indécents

Et tant d’autres vaincus connaissent la souffrance,

Tant de corps éventrés dans la désespérance,

De goulags, de charniers sur le bord du chemin,

De cadavres laissés en marge du destin…

En ton nom liberté combien de tortionnaires

Ont conquis le pouvoir aidés de mercenaires…

Trop de crimes commis, rouges sang nos drapeaux

Pendouillent dans le vent comme de vieilles peaux,

La foi ne suffit point à compenser la perte,

Plus j’avance dans l’âge et plus l’aube est déserte…

O ! Dieu de miséricorde, allégez mon fardeau,

Que la terre s’entrouvre et me donne un tombeau

Où je pourrai dormir en oubliant le monde,

Mon cœur est fatigué de côtoyer l’immonde…

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29 décembre 2010 3 29 /12 /décembre /2010 01:08

Même si elle sait qu’elle devra plus tard

Subir le poids abject d’hommes ivres sur elle

Et feindre le désir, faussement sensuelle

Pour quelques billets se vendre au lupanar…

Héroïne d’un soir dans ce bar malfamé,

Sous une clarté blafarde, improbable danseuse,

Elle exhibe son corps, vulgaire et aguicheuse,

Et provoque à dessein le regard affamé

Des êtres concupiscents qui la mange des yeux…

Galante en bas de soie ondoyante et féline,

A dessein allumeuse, elle prend pose câline

Et s’effeuille avec art grisant les envieux…

Exaltant d’un tango le trouble sentiment,

Plus femme que perverse inventant le blasphème,

Elle semble caresser la musique elle-même

Et mépriser le jeu dont elle est l’instrument…

Parmi les débauchés qu’elle prend pour des dieux,    

Elle se moque soudain du quotidien rebelle,

L’espace d’une danse elle s’affirme belle

Et s’imagine reine adulée en ces lieux…

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